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Milan KUNDERA - L’ignorance: l’apparent paradoxe.

Quelle intelligence un auteur prête-t-il à un personnage de son œuvre ? D’où vient cet excès, souvent, de finesse lue dans les dires et les actions dudit personnage ? Dans l’œuvre de Milan Kundera, presque tous les personnages sont beaux de cette finesse-là. Et quand elle est biaisée, cette finesse (pour tenir compte des limites vraisemblables du personnage), c’est le biais lui-même qui est très fin. En clair, c’est l’auteur qui s’immisce, qui ne peut pas ne pas engager son intelligence dans son personnage. Autant dire : dans son texte. La fiction déploie alors une haute richesse sémantique, via un tressage construit de séquences saturant de sens l’espace du récit (tel chapitre conforte tel autre, tel en est une variation, ou une réplique directe ou inverse, une résonance, une illustration, une consolidation..). Tout se serre autour du sens.
Or, l’œuvre de Milan Kundera a pris sa source dans l’absurde d’un monde disparu (cf. La plaisanterie, par exemple). Non pas, certes, l’absurde de la condition humaine, l’absurde camusien qui résisterait au politique, mais l’absurde bien cerné, volontaire et identifiable des régimes politiques de Prague dans les années 50 et 60.
Aussi, dirait-on, la construction très serrée du sens de l’œuvre, sa charge sémantique contredisent-elles l’absurde qui y est dénoncé.
Ce qui ne serait qu’apparent paradoxe si l’on considère que le travail de l’écrivain consiste à donner du sens, justement, à compenser l’absurde, à y parer, à le réparer.

N.B. Peut-être aussi, plus simplement, l'absurde soviétique dont s'entachait (ou s'entichait) la politique pragoise de l'époque n'était-il pas tout à fait un non-sens, peut-être un vecteur s'obstinait-il, qu'on pouvait prendre comme tuteur, fût-ce à rebours. Peut-être.
 
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